Atlas Shrugged (Version française : La Grève) — Auteur : Ayn Rand — Édition First Plume – Printing Centenial Edition – 2005 — (Première publication: 1957)
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Quel est donc le livre le plus lu après La Bible, aux États-Unis d’Amérique? C’est Atlas Shrugged (traduction : Atlas haussa les épaules). Mais pourquoi un tel succès? Et pourquoi ce texte est-il très peu connu en France?
Après avoir parcouru les 1168 pages, j’ai une idée à ce propos: cette nouvelle, est assez proche de la culture d’une partie de la population des États-Unis d’Amérique, mais elle pourrait CHOQUER le lecteur français (ce n’en est que plus jubilatoire).
Ce commentaire est personnel.
Le contenu de l’ouvrage étant aux antipodes de la culture ambiante par chez nous ces temps-ci, il va en hérisser plus d’un. Et c’est tant mieux!
Ici, je n’évoque pas l’intrigue afin de ne rien spolier pour ceux que j’encouragerais à le lire. Je préfère être bref pour mettre en évidence quelques traits marquants du point de vue des politiques de l’humain et de leurs fondements philosophiques. C’est parce qu’au romanesque se mêle la doctrine d’Ayn Rand: l’Objectivisme.
Des personnalités dévouées à des causes humanistes — quelques entrepreneurs et inventeurs de génie, — et les gens
L’histoire met en interaction un ensemble d’individus que l’on peut catégoriser en trois groupes:
— d’un côté, ceux qui veillent à l’égalité entre humains;
— de l’autre, des personnes dont le talent apporte un grand succès dans leurs projets;
— et les gens ordinaires…
Les humanistes, altruistes, égalitaristes
— Qui sont-ils?
Dans ce groupe de gens qui placent la préoccupation d’autrui comme valeur première, on découvre des politiciens, des universitaires, des artistes, des intellectuels et de bien braves bourgeois.
— Quels sont leurs projets manifestes?
Ils œuvrent à réduire toute forme d’inégalité: le pauvre reçoit du riche; la personne peu compétente est assistée par le talentueux; l’idiot dépend de l’intelligent; le paresseux est aidé par le travailleur; l’ignorant doit son salut au savant, la cigale et la fourmi…
— Quelles ressources sont impliquées?
Tous les produits, services et moyens tant privés que publics sont mis à contribution, sans exception.
— Quelles sont leurs ressources et méthodes opérationnelles?
Mettant à profit les institutions gouvernementales et la force publique, ils organisent, planifient, répartissent grâce à des lois ordinaires ou d’exception, des décrets et des règlements qu’ils instaurent.
— Quelle est leur position épistémologique?
Pour résumer très court: rien n’est vrai; tout égale tout; rien n’est contraire…
— Quel est leur bénéfice manifeste?
Leur récompense est le bonheur d’autrui et l’effacement des inégalités. Ils s’enorgueillissent de faire leur devoir.
— D’autres bénéfices secondaires découlent-ils des précédents?
Ils jouissent conséquemment d’un grand pouvoir.
Ils ont une propension à prendre de grosses parts du « gâteau », comme récompense pour leurs brillantes initiatives, ce qui est bien normal, n’est-ce pas?
Les entrepreneurs et inventeurs
— Qui sont-ils?
Ce sont des individus qui se consacrent à une destinée qu’ils ont choisie et par laquelle ils « se réalisent » comme humains. Ils proviennent de toutes les classes sociales. Certains font fructifier un patrimoine familial alors que d’autres sont « partis de rien ».
— Quels sont leurs objectifs?
Ils consacrent tout à des projets, d’exploitation, d’industrie et/ou de science qui les passionnent.
— Quelle est leur approche?
Ils obtiennent des moyens pour atteindre leurs objectifs, dans le cadre de leur rôle dans une société ou par le profit qu’ils tirent de leurs entreprises personnelles en vendant les produits et services de celles-ci.
— Et leur position éthique?
Ceux-là considèrent que tout chose a une juste valeur et qu’elle doit être vendue ou échangée dans des transactions par lesquelles les différentes parties prenantes s’accordent. Le reste en découle.
Des gens banals
— Qui sont-ils?
C’est le reste de la population, c’est-à-dire sa grande majorité, qui est plutôt banale et d’opinion vulgaire. C’est vous et moi.
— Quels sont leurs objectifs?
Leurs buts sont « normaux ». Bien qu’ils s’en défendent, tous leurs choix de vie ne sortent pas d’une sorte de cadre informel, parce qu’ils sont prudents. Ils pensent que les médias ont le sens des valeurs. Ils aiment se regrouper dans les lieux publics, suivre les fanfares et les cortèges funéraires.
— Quels sont leurs moyens?
Ils ne s’en accordent que peu, finalement. Disons, de quoi vivre comme les voisins, ou un peu plus luxueusement, si possible.
— Quelle est leur éthique?
Elle est immanquablement fondée sur des prémices biaisées déversées par le biberon propagandiste. Ayant la mémoire courte, ils croient fermement que les médias leur fournissent des informations et des choix d’opinion vrais, justes et pertinents. Les individus vont là où d’autres les mènent, et puis c’est tout. Leur stratégie consiste à toujours se replacer au centre du troupeau et ils essaient, sans grand succès, d’être pénards dans l’existence.
Qu’advient-il de cette société?
Où mène le récit? Devinez ! C’est facile. Il y a des précédents historiques célèbres.
D’où émerge le thème principal du livre?
Dans cette interview sous titrée en français (c’était du temps de la TV en noir et blanc !), Ayn Rand explique sa philosophie: l’objectivisme.
Ma conclusion (déplaisante)
Bien imbriqué dans le mode de vie aux États-Unis d’Amérique dans la première partie du siècle dernier, le scénario romanesque est la charpente d’une fable minutieusement détaillée basée sur un fonctionnement politique et social. Sa précision et la profondeur de l’analyse égalent la dissection quasi scientifique d’un métaorganisme géant, ainsi que la rétro-ingénierie d’une horlogerie fort complexe.
Ce que raconte dans le détail une bonne part de la nouvelle d’Ayn Rand, c’est une pente commune aux grandes civilisations. Il est porteur d’une description universelle et intemporelle. Enfin pas seulement, puisque des rebondissements jubilatoires et les détours tortueux par d’abondantes péripéties forment un magnifique tableau.
Le sujet traité occupe des rayons entiers de bibliothèques décrivant les dérives mortifères comme causes de déclins civilisationnels. C’est ce même thème qu’exploitent d’autres auteurs romanesques. Je pense à George Orwell.
Chaque page amène le lecteur à faire une comparaison avec ce qui advient ici et maintenant, pour toi, pour vous.
En ces Années 20 du XXIe siècle, dans nos contrées, par prudence, beaucoup décident de ne pas avoir d’enfant. D’autres ont « affalé les voiles », démunis d’espoir. Certains encore, en quête de verroterie, de jouets insatisfaisants, de sucreries, ou des pastilles de vie en rose, s’installent dans un infantilisme béat. Il est à la fois tellement rassurant et valorisant de se replacer chaque jour au centre d’un troupeau totalement grégaire! Malgré l’exercice du suffrage universel, nos organisations sociales, ravagées par la « Propaganda » (lire Edwards Bernays), le « nudges », et la perversité se sont, pour résumer, gravement encalminées. Nous sommes pris dans les mailles de manigances faussement altruistes d’une oligarchie aux intentions bizarres, elle-même entourée d’une faune soigneusement cupide et détestable.